Rédigé par Marie Françoise |
C’est l’hiver, les nuits sont longues et la terre gèle. Nous nous préparons au petit matin pour deux jours entiers de plantation d’une microforêt sur l’espace proche du gymnase du collège Jean Zay de Niort. Nous allons accompagner deux cent cinquante collégiens et scolaires ces jeudi 16 et vendredi 17 janvier 2025.
Nous les accueillons classe par classe à chaque nouvelle heure de cours avec quelques mots pour introduire l’activité qui les attend et que nous allons partager avec eux, quelques mots pour réchauffer leur frilosité :
« – Vous savez ce que vous allez faire ?
– Planter une microforêt.
– Oui, vous allez planter la vie. »
Ces mots donnent l’impression de les planter là, muets et impassibles au pied de la tâche qui les attend. Leur compréhension semble avoir trouvé un point final … à moins que ce ne soit un point de départ.
Nous les interrogeons, les questionnons et ils commencent à dire qu’avec les arbres, la vie va s’installer avec des oiseaux, des insectes, des animaux, des champignons, des plants et des plantes. Certains s’emballent et d’un coup, imaginent même des singes qui y sauteront de branche en branche !
Puis nous leur précisons comment planter : « Attention, repérez le collet, ne le mettez pas trop sous terre, pas trop au-dessus non plus ! » Le collet, petit renflement entre la tige et les racines du plant est vraiment un endroit charnière. « Quant aux racines, veillez à bien les mettre vers le bas et pour cela, creuser la terre en conséquence ». En effet, pour s’apprêter à prendre pied, le plant doit être coiffé dans le bon sens et non pas mis en pleine terre les cheveux en l’air.
Prendre racine est un évènement si important que cela mérite une bonne préparation. Mais ce n’est pas tout. Avant de (re)trouver la terre, chaque plant doit prendre un « bain de pied » et tremper ses racines dans du pralin. Le pralin est un mélange de bouse de vache, de crottin d’âne ou de cheval avec de la terre et de l’eau. Drôle d’idée ce bain dans du caca !
Du dégoût s’affiche sur tous les visages et dans les voix. Tous les plants seront plongés dans ce mélange de sorcier.
Ensuite, chaque adolescent muni de gants et d’une pelle ou d’une bêche creuse « un nid » dans le sol pour un plant. La terre résiste aux coups de pelle. On s’aide. Il faut y mettre les mains, toucher la terre, s’accroupir ou s’agenouiller. Forcer. Gratter. Déblayer. Tout cela en faisant attention à ne pas marcher sur les éventuels plants déjà mis en terre ! Certains y vont avec réticence ou réserve, d’autres plus hardis ou déjà initiés y mettent plus d’énergie. Nous avons d’un coup plus chaud. La température monte.
Les langues se délient, ça bruite au-dessus du sol. On montre, on guide, on discute. On se motive, on accourt avec son plant plongé dans le pralin. Les corps se défigent. Planter un arbre réchauffe et fait respirer. L’oxygène se densifie dans les poumons. Les âmes s’éveillent, les mots et les rires fusent dans tous les sens et les essences plantées se multiplient dans la terre, mélangées les unes à côté des autres pour la microforêt en devenir. Assurément la plantation progresse. Tout le monde s’anime.
Chaque plant est déposé dans la terre avec soin voire même avec tendresse. Les mains effritent la terre puis la tassent créant un appui solide pour le futur arbre en devenir. Une vraie douceur se révèle dans les gestes et les mots. On entend : « Là, c’est mon chêne, mon petit amour… ». Des désirs de protection s’expriment spontanément. On sent une sève qui monte. Un sens des responsabilités pour la vie se révèle chez chacun. Un nouveau souffle les anime : ils ont bien planté la vie.



